Reportage : Projet Cap Solidarité

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Les séjours de rupture Belgique : Portrait de Daniel, accueillant.

Par Elisabeth Jauniaux – Photos : Catherine Rombouts.

>>> Mardi 23 août. Ce matin, j’accompagne Kevin Blampain (le responsable du projet Cap Solidarité) et Catherine Rombouts (notre photographe partenaire) à la rencontre de Daniel, qui a déjà accueilli 7 jeunes de l’Amarrage chez lui, pour un moment de répit en pleine nature.

Depuis 2008, le projet Cap Solidarité propose des séjours éducatifs de rupture à des adolescents en grand décrochage.  Le projet a démarré au Bénin, puis il s’est élargi avec la France, la Roumanie, la Moldavie et le Sénégal.

En 2020, nous avons décliné une version « belge » des séjours de rupture, vu la fermeture des frontières liée à la pandémie.

Quelle que soit la destination, les objectifs d’une telle rupture sont multiples :  permettre au jeune de quitter momentanément son milieu de vie problématique pour vivre de nouvelles expériences, découvrir de nouvelles compétences, vivre un moment de répit, réaliser un défi positif et valorisant, créer des liens, prendre confiance en lui, se remobiliser autour d’un projet, …

Durant le trajet, Kevin nous explique le projet :

« Aujourd’hui, nous avons 6 « partenaires Belgique », il s’agit souvent de fermes ou de lieux un peu atypiques. Nous avons cherché ces partenaires via le site du Woofing[1], notamment : les personnes qui accueillent des Woofers ont le sens de l’accueil et une belle ouverture d’esprit. Un de nos critères était que le jeune soit occupé au sein du lieu d’accueil, qu’il puisse participer aux différentes activités. C’est valorisant pour lui. Quand on prospectait pour des partenaires, on cherchait aussi des « personnalités », des personnes qui ont du temps et qui aiment créer des liens.

Après une préparation d’une quinzaine de jours, l’éducateur accompagne le jeune chez son accueillant. Le séjour est de minimum 10 jours (avec prolongation possible jusque maximum deux mois). L’éducateur et le jeune passent d’abord deux jours ensemble en faisant la route jusque chez le partenaire. Cela permet un « sas » entre le quotidien du jeune et son nouveau lieu de vie. Ce temps est également le moment de créer du lien entre le jeune et son éducateur. Ensuite, le jeune reste seul chez l’accueillant. Comme au Bénin par exemple, il est vraiment intégré aux activités de sa famille d’accueil et participe aux tâches quotidiennes. Au retour du séjour, le jeune est accompagné (pendant 3 à 5 mois) par l’équipe dans ses projets. »

>>> Nous arrivons à Cortil-Wodon, dans l’entité de Fernelmont.

      

Daniel nous ouvre les portes de sa maison, et de son extraordinaire jardin. Il vit là depuis quelques années et connaît tout le monde dans le quartier. Il accueille des woofers, élève des poules et des lapins, et cuisine tout ce qui se trouve dans son potager : tartes aux fruits, jus de pommes, sirops en tous genres, soupes, …

Dans la cuisine, Audrey (nom d’emprunt), la jeune adolescente d’Amarrage qu’il accueille depuis quelques jours, est en pleine préparation d’une tarte aux mirabelles …

Elle me raconte tout de suite son expérience :

« Je suis bien ici. C’est vraiment comme un temps de pause, je me déconnecte à fond et j’apprends tous les jours avec Daniel. Il m’a appris à faire du pain et de la pâte à tarte … Regarde, je vais bientôt mettre celle-ci au four. C’est trop bon.

Il y a tout le temps des gens qui passent, je rencontre des chouettes personnes : les jardinières qui s’occupent du potager partagé, les voisins, les woofers, … C’est naturel et sans prises de têtes.

Le matin, je me lève et je me sens bien. »

Je fais un tour du jardin avec Daniel. Il aime raconter. C’est un homme posé, une personne « qui fait du bien ».

« J’ai été militaire para commando pendant 35 ans. Je suis dans cette maison depuis quelques années. J’accueille des woofers depuis 2016. J’aime ces rencontres, ce sont toujours des gens avec de belles valeurs, qui ont une ouverture d’esprit. Je ne voyage plus mais je voyage par procuration, à travers leurs histoires.

Quand j’ai accepté de devenir partenaire de Cap Solidarité, c’était dans la même optique : le partage et la rencontre. J’ai déjà accueilli plusieurs jeunes d’Amarrage. Ma seule condition était que cela n’entrave pas la vie en communauté avec les woofers. J’ai deux chambres disponibles. Quand il y a un jeune d’Amarrage, il y a souvent un woofer aussi et, en fait, cela se passe très bien. L’équipe est présente aussi en cas de besoin.

Je prends le jeune partout avec moi dans mes activités, un peu comme s’il était de ma famille. Le soir, on cuisine ensemble, on chante parfois, on fait des jeux. »

Qu’est-ce que cela vous apporte ? Que pensez-vous que cela apporte au jeune ?

« Mes enfants ne vivent plus ici. Je m’occupe parfois de mon petit-fils qui a deux ans. J’aime avoir de la jeunesse dans la maison, et j’ai l’impression de rendre service. Je pense que cela apporte de l’expérience au jeune, ils vivent ma vie, je leur apprends plein de choses. Un des jeunes m’appelait « Papy » 😉 ».

>>> Daniel est un homme touchant, un grand-père qui a beaucoup de savoirs à partager aux jeunes qu’il prend sous son aile.

>>>Audrey retournera bientôt dans son quotidien. Elle est consciente que, même si elle est reboostée par cette pause, le retour à la « vraie vie » peut être difficile. Elle a des projets : reprendre des études en esthétique et se remettre au sport et à la danse.

 … Voilà deux belles personnes qui ont croisé ma route en cette chaude matinée d’été. Une matinée tout en simplicité qui me laisse en bouche un goût délicieux de tarte aux mirabelles …

   

[1] Le principe du Woofing : travailler dans une ferme en échange du gîte et du couvert. Le woofer a accès, en contrepartie de sa force de travail, à un hébergement et des repas sur une plus ou moins longue période.